IV. La trace

 

Demain matin j’irais à Necker, Janet me conseillera.

Rapport médical de Mademoiselle Janet Maurice

Dans le cadre de mon activité j’ai accompagnée la patiente E.D. dans sa maison familiale. Nous avons passés quelques jours ensemble. Je suis rentrée ce matin. Chaque jour, nous l’appelons ou nous la lisons sur le Web.

En Italie, j’ai découvert ce que mon Père appelait dans ses lettres notre berceau, son sitio.
J’éprouvais un sentiment de déjà vu : les ceps de vigne, la petite voiture bleue, l’escalier, la porte de chambre où une fraction de seconde je me suis vue dormir, la sieste de mon enfance.
Je suis bien ici, ma mémoire trouve quelques repères, mon corps connaît les chemins, les creux de cette maison et de ses environs. Janet est repartie ce matin.

Hier, je suis montée au grenier. Des dizaines de cassettes vidéo. J’ai entrepris de les visionner. J’ai vu mon père, lorsqu’il était encore vivant. Il me parlait de ma mère que je n’ai pas connue. Il était ému.
Je ne suis pas certaine de vouloir regarder ce passé enregistré. J’ai écris à Janet.
Je me sens curieusement manipulée, j’ai archivé moi-même ces moments ; Je ne me souviens pas, mais une lettre de mon père me l’apprend. Aurais-je organisé moi-même mon amnésie ? Mes questions deviennent de plus en plus précises.

Le téléphone sonne, je suis encore dans le grenier.

C’était le Docteur Martin. Nous avons longuement parlé. Je lui ai confié mes états d’âme, mes interrogations, mes suggestions. Un chercheur russe, en visite à Necker, souhaite me rencontrer. Je pense accepter la proposition du Docteur Martin. Il est temps pour moi d’affronter ma mémoire.

Après avoir rédigé ces quelques mots hier, j’ai visionné sans interruption l’ensemble des cassettes.
L’écran de neige veillait.
Il était 10:00, lorsque je me suis réveillée. J’ai déjeuné. D’après les cassettes, j’ai toujours eu beaucoup d’affection pour ce grenier. Il a été ma salle de jeu, mon bureau, ma chambre noire.

Je suis dans le train qui me ramène à Paris. J’ai entendu, vu ma vie. J’ai pleuré mes jeunes années, les marques laissées par le passé oublié.

Fin