II. La trace

 

1er août 2050

J’ai hurlé plusieurs fois cette nuit. Les infirmières ont décidé de me donner un somnifère. Ce matin, j’ai pris mon petit-déjeuner du bout des lèvres, comme le dit l’infirmière. Je dois sortir à 13:00.
Janet est arrivée à 12:00. Je me sens mal…
J’ai sonné, Janet est venue avec un cachet et un verre d’eau. En attendant que je parvienne à retrouver mon calme, j’écris. Dans une demi-heure je serais sur le chemin de mon appartement. Le cachet doit faire effet, je me sens moins oppressée.

Rapport médical de Mademoiselle Janet Maurice

Dans le cadre de mon activité j’ai aujourd’hui accompagnée la patiente E.D. à son domicile. Elle n’était pas en possession de ses moyens, néanmoins, le docteur Martin, responsable des recherches neurologiques, a décidé de maintenir l’expérience à laquelle s’est soumise la patiente.
Nous avons pris le métro. Nous sommes descendus à la station Abbesses. C’est en montant les escaliers qui conduisent à la rue Gabrielle que E.D. a eu de nouveaux spasmes.
Oppression, nausées.
Au numéro 18 de la rue Gabrielle, j’ai introduit l’une des clefs. Nous sommes entrées.
Elle a lu son nom sur la boîte aux lettres. Je lui ai proposé de prendre la clef pour ouvrir elle-même la boîte.
Elle a pris son courrier, mais ne l’a pas regardé. C’était mécanique.
Nous avons traversé le couloir, le jardin, monté l’escalier extérieur et intérieur jusqu’au premier étage. En entrant dans l’appartement, elle marchait doucement.
Nous sommes restées deux bonnes heures sans parler. Je la laissais évoluer, déplacer des papiers, regarder des photos.
Nous avons pris le chemin du retour. Elle n’avait pas envie de parler, je lui ai néanmoins fait promettre d’écrire dès ce soir. Dans deux jours nous renouvelons l’expérience.

1er août 2050

Janet m’a accompagnée à l’appartement. Je rentrais chez moi après plus de quatre mois d’absence, et je ne reconnaissais rien. Après les odeurs, je passe à l’expérience du toucher. Le docteur Martin me guide dans ma façon d’appréhender le monde extérieur. Il pense que c’est un tout petit déclic qui permettra au mécanisme de s’enclencher. Janet souhaite que j’écrive, mais ma mémoire ne fonctionne pas et je voudrais tant me souvenir. Demain je ne dois pas sortir. Le docteur Martin suggère le repos. C’est un choc conséquent, une épreuve difficile de retourner à mon ancienne adresse. Le sommeil est réparateur, paraît-il.