I. La trace

Après quelques mois, je m’entretiens avec le Docteur Martin.

—  Entrez, asseyez-vous
— Merci
— Bien, je souhaite aborder avec vous le problème que pose votre cas à mon équipe.

Il semble que vous souffriez d’un blocage inconscient de la mémoire. D’après nos informations, vous avez perdu dernièrement un membre de votre famille. Une forme de dépression s’en est suivie. Vous avez peu à peu perdu pied avec la réalité. J’ai repris votre parcours, avant votre arrivée chez nous. Vous vous êtes présentée le lendemain de votre rendez-vous à votre futur employeur. Je suis allé voir la jeune femme qui a appelé les urgences, j’ai rencontré l’infirmière qui était à votre chevet au moment de votre réveil.
Tout concorde.

— Pardonnez moi docteur, mais je ne comprends rien
— Bien, alors concrètement je vous propose une demi-pension à l’hôpital, un mi-temps thérapeutique entre votre vie ici, entourée des meilleurs spécialistes, et votre bonne volonté à vouloir retrouver une vie normale. En accord avec les membres de l’équipe, vous allez vous promener dans Paris, essayer d’être autonome, fournir l’effort nécessaire à la réhabilitation de votre mémoire.

Ma première sortie.

Je me sens perdue, au milieu de tout et en dehors de tout. C’est en vivant dans un espace non protégé que la mémoire devait me revenir. Aujourd’hui, je fais l’apprentissage des odeurs, je redeviens nourrisson.

Il était 16:00 lorsque j’ai décidé de rentrer à l’hôpital. Janet, l’infirmière, m’a demandé si tout allait bien. J’avais envie de chocolat chaud. Nous avons discuté, ensuite de retour dans ma chambre j’ai trouvé ce cahier et j’ai décidé d’écrire.

Le lendemain

Peu avant son départ, hier soir, Janet m’a proposé d’aller au cinéma. Je n’ai pas pu accepter.

Elle m’a dit gentiment qu’il me fallait du temps, mais que je n’avais pas avoir peur.

J’ai passé une nuit agitée.

Ce matin, au réveil, je me suis sentie mal à l’aise. Janet m’apporte mon petit déjeuner. Je lui ai dit que j’écrivais. Elle semble satisfaite.

Il est 17:00, j’ai passé la journée sous un arbre. Nous sommes le 21 juillet 2050.

31 juillet 2050.

Aujourd’hui je dois voir le docteur Martin.

Il est 15:00. Demain, je retourne chez moi, dans mon appartement. Janet m’accompagnera.

J’ai peur.