Éphéméride

 

Deux colonnes
s’érigent de part et d’autre,
au centre la lune, ronde, pleine, blanche.

Sur la place,
ils marchent, ils errent suivant le cercle dessiné au sol.
Danse à invocation magique,
les corps cherchent le sens,
la musique ne les guide plus.

Deux colonnes
s’érigent de part et d’autre,
au centre croissant de lune,
les temps sont révolus.
Ils attendent la nouvelle lune, la prochaine éclipse.

Instant de gravité.
Halo de lumière jaune, paysage qui s’empourpre.
Il regarde l’éclipse.

La pluie s’est mise à battre,
clapotis sur l’eau rouge,
le géant de sable disparaît.
Grain qu’une quête entraîne à la recherche du vase,
réceptacle de l’eau vive.

Jardin d’Éden
où siègent des arbres morts,
Lune rousse de soucis,
Lune rouge qui aplanit le terrain,
ambiance basse,
il faut du silence pour penser ; Là-haut il parle de nous, il se raconte comment cela pourrait être autrement
— moins bruyant.

S’entendre rêver, comme la lune les autres années.
N’y-a t-il plus de paix ?
Payer pour s’amuser, payer pour rêver, payer pour le silence.
Continuer à croire que tout s’achète par le prix d’une vie ?
Nos silences sont soupirs d’envie, être ailleurs en d’autres temps.
Il est trop tôt pour ne plus croire
qu’un jour nous serons sages.

Pleurons la mort de ce vieillard, un nouveau-né en reviendra, plus sage. Éternelle jeunesse de l’innocence qui chaque jour nous envoie l’étincelle de vie.

Éden récalcitrant qui souhaite retourner en poussière,
sapin gris, lumière blanche, arbre de vies.
L’onde de choc s’est propagée,
le sable fond sans fin,
où tout peut-il s’engouffrer ?

Trou noir et béant,
ils ont faim.
Comment oublier que la vie existe ?
Grande chaîne qui l’entoure,
la terre vit son instant de gravité : tout devient léger.

La lune revient de son silence harmonique,
les temps sont révolus, le temps n’existe plus, mettre à jours les cadrans.

La pyramide et son ombre se sont érodées,
les textes s’enlisent dans la marée, tout ne peut disparaître.

Reprendre le savoir des Anciens, s’inventer dans une autre réalité…
Tout re-commencer,
mais le malheur était plus proche,
la peur le rendait sage, prévoyant, conscient.

Il voyage, s’enrichit autrement.
Il paye de son temps, investit sa vie,
mission temporaire, il lui faudra l’abandonner.
Les signes sont différents.
Premiers naufragés,
le passé est encore raconté,
l’énergie ancestrale trouvera ces enfants.

Un peu plus loin dans la lumière,
dans l’espace ou le temps,
l’Autre du miroir se reflète à l’infini,
prisme de lumière,
réfractions d’énergie.